Nicolas Sarkozy a réussi la première partie de son pari en virant largement en tête à l'issue du premier tour de l'élection présidentielle, devant sa rivale socialiste Ségolène Royal.
Alors que les appels à constituer un front anti-Sarkozy au second tour se sont multipliés à gauche et à l'extrême gauche, le candidat de l'UMP a lancé un appel à "tous les Français de bonne volonté" pour bâtir avec lui un "nouveau rêve français".
Un appel entendu par le député de la Drôme Eric Besson, qui a claqué la porte du Parti socialiste en pleine campagne et a annoncé dimanche soir son ralliement à Nicolas Sarkozy.
Les estimations des instituts de sondage créditent l'ancien ministre de l'Intérieur d'environ 30% des suffrages, ce qui constitue le meilleur score au premier tour d'un candidat de droite depuis Valéry Giscard d'Estaing en 1974.
Le président Jacques Chirac avait obtenu 20,84% des suffrages en 1995 et 19,88% en 2002.
Nicolas Sarkozy semble mordre nettement sur l'électorat du Front national (FN), qu'il n'a eu de cesse de s'efforcer de séduire pendant toute la campagne.
Avec environ 11% des suffrages, le président du FN Jean-Marie Le Pen est loin des 16,86% qui lui avaient permis en 2002 de s'inviter au second tour aux dépens du candidat socialiste Lionel Jospin.
Dans une déclaration devant ses partisans, Nicolas Sarkozy a pris soin de s'adresser non à son propre camp mais à ses "chers compatriotes" pour saluer une "victoire de la démocratie".
"En me plaçant en tête de ce premier tour et en plaçant Madame Royal en deuxième position, (les Français) ont marqué clairement leur souhait d'aller au bout du débat entre deux idées de la nation, deux projets de société, deux systèmes de valeurs, deux conceptions de la politique", a-t-il déclaré.
L'ancien ministre de l'Intérieur a souhaité que le débat du second tour se déroule dans la "clarté", la "sincérité", la "dignité" et le "respect des personnes".
"Je veux dire à Madame Royal que je la respecte, que je respecte ses convictions et que je souhaite que le débat de ce second tour soit véritablement un débat d'idées", a-t-il dit.
"UN NOUVEAU REVE FRANÇAIS"
Après avoir rappelé les thèmes qu'il a développés ces derniers mois, le candidat de l'UMP a ébauché ce qui pourrait être la tonalité de sa campagne du second tour.
"Dans les 15 jours qui restent (...), je veux dire à tous les Français qui ont peur de l'avenir, qui se sentent fragiles, vulnérables, qui trouvent la vie de plus en plus lourde, de plus en plus dure, que je veux les protéger", a-t-il déclaré.
"Je veux les protéger contre la violence, je veux les protéger contre la délinquance, mais je veux les protéger aussi contre la concurrence déloyale, contre les délocalisations, contre la dégradation de leurs conditions de travail, contre l'exclusion", a-t-il poursuivi. "Je veux redonner aux Français le goût d'entreprendre, d'innover, le goût de l'aventure."
Le candidat de l'UMP a dit vouloir "rassembler le peuple français autour d'un nouveau rêve français", celui d'une "République fraternelle, où chacun va trouver sa place, où personne n'aura plus peur de l'autre, où la diversité sera vécue non comme une menace mais comme une richesse".
"Cette France fraternelle (...), j'invite tous les Français de bonne volonté, quelles que soient leurs origines, quelles que soient leurs croyances, quels que soient leurs partis à s'unir à moi pour qu'ensemble nous puissions la bâtir", a-t-il conclu.
Un sondage Ipsos diffusé dimanche soir par France 2 le donne vainqueur le 6 mai avec 54% contre 46% pour Ségolène Royal.
Il n'a pas attendu le soir du second tour pour s'offrir un "rodéo" en voiture dans Paris, poursuivi par une caméra de télévision, comme Jacques Chirac lors de son élection en 1995.
"Rien n'est acquis", a-t-il cependant dit à la journaliste de France 2 qui lui tendait son micro.
L'enjeu des quinze prochains jours est pour lui de conjurer le "tout sauf Sarkozy" qui a paru commencer à se dessiner avant le premier tour et se confirmer dimanche soir.
"Si les Français veulent être maternés, il voteront pour Ségolène Royal. S'ils veulent être gouvernés, ils voteront pour Nicolas Sarkozy", estimait il y a quelques mois un très proche collaborateur du président de l'UMP.
Nicolas Sarkozy reprendra la route dès lundi, avec une réunion publique à Dijon.